Chiffres clés de l'action Lockheed Martin
- Cours actuel : 545,20 $
- Cours cible (moyen) : environ 830 $
- Cours cible du marché : environ 617 $
- Rendement total potentiel : environ 51 %
- Taux de rendement interne (TRI) annualisé : environ 10 % par an
- Perdue maximale : 27,35 % (24 juin 2026)
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Que s’est-il passé ?
Lockheed Martin (LMT) vient d’indiquer à ses investisseurs où elle souhaite se développer désormais, et c’est sous la ligne de flottaison. Le 6 juillet 2026, Advent International a confirmé que sa filiale Cobham Ultra avait accepté de céder Ultra Maritime, un leader des technologies de lutte anti-sous-marine, à Lockheed Martin pour 3,45 milliards de dollars. Les premières rumeurs selon lesquelles Lockheed était le favori ont fait surface le 2 juillet, et le titre a grimpé de 4,62 % ce jour-là pour clôturer à 545,91 dollars.
Cette réaction est révélatrice. Une dépense de 3,45 milliards de dollars par un géant de la défense n’est généralement pas récompensée le jour même où le chèque est signé. Cette hausse s’est également inscrite dans une vague de catalyseurs plus larges, car l’attribution de contrats par le Pentagone et une révision à la hausse de la note par Citi avaient été annoncées la veille seulement. Malgré tout, le marché a apprécié cette orientation. Elle a apporté une réponse à une question que les optimistes et les pessimistes se posaient depuis le début de l’année : Lockheed peut-il encore trouver des sources de croissance en dehors du secteur des missiles, que tout le monde connaît déjà ? Les optimistes y voient une stratégie disciplinée visant un créneau rare. Les pessimistes y voient une entreprise à la recherche de contrats parce que la croissance organique de son activité aéronautique est au point mort. Le titre est pris entre ces deux interprétations, toujours en baisse de 21 % par rapport à son plus haut de mars, proche de 692 $.
Pourquoi la guerre sous-marine, et pourquoi maintenant ?
Ultra Maritime fabrique les capteurs permettant de détecter les sous-marins et les torpilles, notamment des sonobouées, ces détecteurs acoustiques flottants largués dans l’océan pour repérer les menaces. La marine américaine et la Royal Navy britannique comptent toutes deux parmi ses clients. L’activité connaît une croissance rapide, avec un chiffre d’affaires qui devrait atteindre environ 784 millions de dollars en 2026, contre 494 millions en 2023, selon les chiffres publiés par le Financial Times. Ce type d’actif est rarement mis sur le marché, ce qui explique pourquoi la vente s’est déroulée sous la forme d’une enchère concurrentielle.
Cette acquisition s’inscrit dans le segment Rotary and Mission Systems (RMS) de Lockheed, la division qui regroupe les hélicoptères Sikorsky et les systèmes de combat navals de l’entreprise. Stephanie C. Hill, présidente de Lockheed Martin Rotary and Mission Systems, a clairement exposé la logique de cette opération : « La supériorité sous-marine revient à ceux qui agissent le plus rapidement et collaborent le mieux. » Cela est important car cela montre que Lockheed considère la détection sous-marine comme une mission à remporter, et non comme une gamme de produits à acheter pour ensuite ne plus s’en occuper.

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Une stratégie que la direction annonçait depuis longtemps
Cet accord n’est pas tombé du ciel. Lors de la 42e conférence annuelle « Strategic Decisions » organisée par Bernstein le 27 mai 2026, le président-directeur général Jim Taiclet a consacré une grande partie de son intervention à décrire précisément ce type d’initiative. Il a présenté le partenariat avec Saildrone, dans le cadre duquel Lockheed a installé un lanceur Mark 41 sur un navire autonome qu’elle ne construit pas elle-même, ainsi qu’une coentreprise avec General Dynamics pour la fabrication de moteurs-fusées à propergol solide. Son message était sans détour : « Nous sommes bien plus ouverts à de véritables partenariats avec tous les acteurs du secteur, quel que soit leur niveau, afin d’améliorer nos capacités opérationnelles, qu’il s’agisse de renforcer la résilience de la chaîne d’approvisionnement ou d’intégrer des technologies numériques. »
M. Taiclet a clairement exprimé sa préférence pour deux à trois fournisseurs par composant majeur, ainsi que pour des partenariats permettant de combler rapidement les lacunes en matière de capacités. Ultra Maritime correspond à ce modèle. Lockheed intègre des systèmes de combat navals, mais ne disposait pas à grande échelle de la meilleure technologie de détection sous-marine de sa catégorie. L’acquérir est plus rapide que de la développer, et cela renforce la présence de RMS dans le secteur naval à mesure que les marines alliées se développent.
Le prix est important mais gérable. Compte tenu d’une capitalisation boursière avoisinant les 126 milliards de dollars et d’une dette nette sur les douze derniers mois de 18,8 milliards de dollars, une transaction de 3,45 milliards de dollars constitue un pari ciblé, et non un risque pour le bilan. Le ratio dette nette/EBITDA s’établit à 2,28x, ce qui laisse une marge suffisante pour absorber cette acquisition.
La semaine qui a redéfini la donne
Cette acquisition a couronné une période remarquable. Le 1er juillet, le Pentagone a attribué à Lockheed un contrat non défini d’une durée de sept ans, d’une valeur pouvant atteindre 35,5 milliards de dollars, visant à quadrupler la production d’intercepteurs THAAD, parallèlement à un autre contrat de 2,9 milliards de dollars portant sur des radars pour l’armée de terre. Le même jour, l’analyste de Citi John Godyn a relevé sa recommandation sur LMT de « Neutre » à « Achat » et a revu à la hausse son objectif de cours à 582 dollars. Son argument reposait sur une tendance : depuis 2009, Lockheed a enregistré à neuf reprises des baisses trimestrielles à deux chiffres et s’est redressé à sept reprises.
Ce contexte explique l’écart de valorisation qui alimente le débat. Lockheed se négocie à un ratio cours/bénéfice (P/E) sur les douze prochains mois ( NTM ) de 17,92x. Northrop Grumman s’établit à 19,36x selon ce même indicateur et RTX à 28,86x, d’après les données de TIKR sur les concurrents. Lockheed est le plus grand contractant principal le moins cher de ce groupe de référence, et c’est celui qui vient de se voir attribuer un contrat de montée en puissance de la production de 35,5 milliards de dollars ainsi qu’une activité sous-marine en pleine expansion. Cette décote ressemble moins à un verdict sur l’activité qu’à une crainte non dissipée concernant les budgets de défense et les charges liées à l’exécution des contrats F-16 et C-130 qui ont pesé sur les résultats en début d’année.

Analyse avancée du modèle TIKR
- Cours actuel : 545,20 $ (cours d’entrée du modèle : 545,91 $)
- Cours cible (moyen) : ~830 $
- Rendement total potentiel : ~51 %
- Taux de rendement interne annualisé : environ 10 % par an

Deux moteurs de chiffre d’affaires soutiennent ce scénario :
- le segment «Missiles et contrôle de tir », pour lequel la direction prévoit une croissance du chiffre d’affaires de l’ordre de 15 % sur cinq ans, soutenue par des accords-cadres visant à tripler la production du PAC-3 et à quadrupler celle du THAAD ;
- La maintenance du F-35, que le directeur financier Evan Scott a décrite comme le véritable moteur de croissance du segment, avec un taux de croissance à un chiffre élevé, car la maintenance de la flotte mondiale dépasse le rythme des nouvelles livraisons.
Le moteur de la marge est la même augmentation du volume de MFC, qui permet de répartir les coûts de production fixes. Le principal risque réside dans les crédits budgétaires, car les accords-cadres ne se transforment en contrats pluriannuels définitifs qu’une fois que le Congrès les a financés, et ce calendrier échappe au contrôle de Lockheed.
Le scénario optimiste est que la montée en puissance de la production de missiles se déroule comme prévu, que les marges des MFC progressent grâce au volume et que le multiple de valorisation s’aligne sur celui des concurrents. Le scénario pessimiste est que les crédits budgétaires soient bloqués, que des frais d’exécution réapparaissent et que le cours de l’action stagne tandis que les fondamentaux rattrapent lentement le prix.
Conclusion
Le chiffre qui importe désormais est la marge d’exploitation de la division Missiles and Fire Control, qui sera publiée lors de la présentation des résultats du deuxième trimestre 2026, le 23 juillet 2026. La direction prévoit une amélioration des marges au second semestre, à mesure que le volume des PAC-3 augmentera. Le scénario favorable serait que la marge de MFC se maintienne ou progresse grâce à la hausse du chiffre d’affaires, ce qui confirmerait que la montée en puissance se traduit par des bénéfices. Le scénario défavorable serait une compression continue, ce qui indiquerait que la montée en puissance de la production continue de consommer des liquidités plus vite qu’elle n’en génère. L’accord avec Ultra Maritime montre que Lockheed sait où elle souhaite se développer. Le 23 juillet permettra de voir si son cœur de métier parvient à transformer cette ambition en marge.
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